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Le colloque international « Les silences de la montagne. Littérature et discours alpins (XVIIIe‑XXIe siècles) » s’est tenu le 12 décembre 2019 à l’Université de la Vallée d’Aoste. Il a été organisé par Federica Locatelli et Françoise Rigat, en collaboration avec plusieurs institutions européennes (l’Université Catholique du Sacré Cœur de Milan, ViaticAlpes, la Chaire Senghor de la Francophonie et la SUSLLF).

Le colloque international « Les silences de la montagne. Littérature et discours alpins (XVIIIe‑XXIe siècles) » s’est tenu le 12 décembre 2019 à l’Université de la Vallée d’Aoste. Il a été organisé par Federica Locatelli et Françoise Rigat, en collaboration avec plusieurs institutions européennes (l’Université Catholique du Sacré Cœur de Milan, ViaticAlpes, la Chaire Senghor de la Francophonie et la SUSLLF). La rencontre a exploré le rôle du silence dans les écrits consacrés aux Alpes, du XVIIIe siècle à aujourd’hui. À partir de figures comme Senancour, Rousseau, Saussure ou Reclus, les intervenants ont interrogé la montagne comme espace sacré, vertical et contemplatif, où le silence est devenu à la fois expérience intérieure, mythe culturel et défi pour le langage.

Les communications ont montré qu’il n’existe pas un seul mais une pluralité de silences alpins : silence mystique et contemplatif, silence thérapeutique, silence angoissant du vertige ou de la mort, silence de la cordée, silence héroïque ou encore silence exploité comme argument touristique. On a étudié le silence comme manière de connaître et de vivre la montagne (silence du marcheur, du pèlerin, du guide), mais aussi comme construction idéologique, esthétique et rhétorique dans les récits littéraires, scientifiques ou touristiques. Le silence a été envisagé non seulement comme absence de bruit, mais aussi comme manque de mots, ce qui a conduit à analyser les procédés d’écriture destinés à suggérer l’ineffable des hauteurs. La réflexion a également porté sur le rapport entre silence et temps (suspension, lenteur, sublime) et sur le « silence » de l’histoire littéraire elle‑même vis‑à‑vis de la littérature alpestre et des voix féminines, longtemps marginalisées ou stéréotypées.

Le programme de la journée, entièrement en français, a été structuré en trois sessions thématiques, chacune présidée par un membre du comité scientifique et ponctuée de discussions. Après les salutations officielles à 9h30 et l’ouverture des travaux par Françoise Rigat et Federica Locatelli, la première session, présidée par Paola Paissa (Université de Turin), a débuté avec la conférence d’Alain Guyot (Université de Lorraine) sur les paradoxes du silence alpin chez Ramond de Carbonnières, qui a posé la tension entre célébration du silence et difficulté à le dire. La fin de la matinée, présidée par Mariagrazia Margarito (Université de Turin), a donné la parole à Pascale Janot (Université de Trieste), qui a analysé le « silence prodigieux » des montagnes dans Siloé de Paul Gadenne, puis à Laura Santone (Université de Rome 3), qui s’est penchée sur les Dolomites lucaniennes à travers les configurations esthétiques du silence, montrant la variété des contextes géographiques et des écritures.

L’après‑midi a repris sous la présidence d’Ida Merello (Université de Gênes) avec deux interventions centrées sur les formes langagières du silence : Davide Vago (Université Catholique de Milan) s’est intéressé aux allusions et périphrases du silence dans l’œuvre de Ramuz, tandis que Federica Locatelli (Université de la Vallée d’Aoste) a exploré la symbolique du blanc comme « couleur du silence » dans les Tableaux de Théophile Gautier. Après la pause, la dernière session, présidée par Robert Barsky (Université d’Ottawa), a élargi la réflexion au dialogue avec les arts visuels : Michael Kohlhauer (Université Savoie Mont‑Blanc) a traité de « l’art du silence » chez le peintre Caspar David Friedrich, puis Jean‑Baptiste Bernard (Université de Zagreb) a interrogé, chez Maurice Chappaz, la figure d’un « impossible silence », où le mutisme rêvé des sommets se heurte à la nécessité de dire. Les travaux ont été clôturés par l’intervention de Fabio Scotto (Université de Bergame), qui a synthétisé les apports de la journée.

En parallèle, une exposition intitulée « Les Alpes en images », réalisée par Federica Locatelli avec la collaboration de Daniela Vaj (Université de Lausanne, SHC) et les étudiants de l’Univda, a été proposée. Elle a offert un prolongement visuel à la réflexion en montrant comment la photographie et l’iconographie alpines ont participé, elles aussi, à la construction d’un imaginaire du silence de la montagne.

Les actes du colloque ont été publiés dans le volume suivant : Analisi Linguistica e Letteraria XXIX, 1-2021, juin 2021, EduCatt Milan, ISBN: 978-88-9335-830-9 https://www.researchgate.net/publication/352880668_Analisi_Linguistica_e_Letteraria_XXIX_1-2021